Je crois que c'est le contraste, tout s'est joué dans le contraste.
Une demi heure avant, je découvrais cette photo inconnue sur une étagère, une image inconnue d'un jeune homme beau et fort que j'ai eu peine à reconnaitre ; et là, face à moi, un vieux monsieur fatigué dans un petit lit blanc, recouvert d'un drap trop léger pour dissimuler ses membres maigres et la poche qui le fait vivre, un vieux monsieur effrayé qui me parle de mourir.Mon grand-père, fier et fort, mon invincible grand père, celui qui navigue seul des semaines, celui qui m'a fait découvrir la peinture et le Jazz, celui qui est parti si longtemps et qui est revenu si tard, celui dont je n'ai pas assez profité, mon grand-père, Grand-Pierre qui veut que je le rassure, que je regarde seule son visage qu'il ne peut plus réprimer se tordre de douleur lorsqu'il inspire trop profondément et que je lui parle des vacances que l'on prendra ensemble à sa sortie, je ne veux pas le laisser là, je ne veux pas le laisser s'endormir isolé avec la peur de pas se réveiller, et je ne veux pas attendre de rentrer chez moi écrire un stupide article pour pleurer mon angoisse, mon Grand-Pierre qui me dit Adieu quand je passe la porte, au cas où...
je l'aime.





